Palmares et le quilombo


La résistance des esclaves au Brésil prit de nombreuses formes qui allaient de la mauvaise volonté à l'insurrection, les plus sérieuses ayant eu lieu en 1720, 1806, 1809, 1814, 1822, 1827, 1835 et 1838. Néanmoins, la forme de résistance la plus commune restait la fuite : " A large number of the Africans transported to Brazil fled from captivity as soon as possible after their arrival in the New World. Fugitives hunted down and recaptured endured an array of punishments that make horrifying reading (…) Knowing what a hell to expect if they were recaptured did little to discourage fugitives from fleeing but did make them more than ever determined not to be caught " (Fryer [2000]).

Les groupes de fugitifs s'établissaient sur des terres suffisamment éloignées des plantations de canne à sucre des blancs ; vers le début du XVIIème siècle, il existait environ 25 territoires autogouvernés par d'anciens esclaves dans l'intérieur du Brésil. Ces territoires étaient connus en portugais sous le nom de quilombos ; selon Fryer (2000), " the world quilombo, meaning 'refuge for fugitive slaves in the forest', strongly suggests - though it may not be directly derived from - the Kimbundu word kilombo, 'capital, town, confederation', which originally meant 'male initiation camp' (i.e. circumcision camp) and later 'male military society' " .

Le quilombo le plus connu et le plus influent fut sans conteste celui de Palmares (1605-1697) ; " Palmares means literally 'palm groves', from the proliferation of wild palms in the coastal forest zone. But those who lived there called it Angola Janga (from Kimbundu ngola iadianga, 'first Angola') " (Fryer [2000]). En 1630, date de l'invasion du nord-est du Brésil par les hollandais, l'étendue géographique et la population de Palmares commencèrent à augmenter de manière significative ; " (le) royaume (s'étendait alors) sur 600 000 km2 et (se distribuait) en 8000 villages qui (reconnaissaient) Macaco comme la capitale (…) " (Bachmann [1990]). Les esclaves africains ne perdirent pas de temps à tirer parti des luttes entre hollandais et portugais, et la proportion de fugitifs atteignit des sommets jamais atteints.

Les gens de Palmares ne laissèrent pas de témoignages écrits, mais nous pouvons néanmoins nous faire une idée de leur culture et de leur mode de vie grâce aux observations de soldats portugais ayant participé à des raids contre des quilombos. Ils trouvaient généralement des villages vides à leur arrivée, les habitants ayant été alertés par des espions postés dans les agglomérations de la côte et dans les plantations de canne à sucre. Fryer (2000) nous fournit les données suivantes : " Palmares was not a single community, but rather a cluster of settlements united to form a neo-African polity. Nine such settlements are known : Acotirene (or Arotirene), Amaro, Andalaquituche, Dambrabanga, Macaco, Osenga, Subupira, Taboas and Zambi. Macaco, the main town, is reported to have had over 1,500 houses, and, like the other settlements, was fortified by a palisade with embrasures, caltrops and pitfalls. In Subupira, the second town, these were more than 800 houses " . Il serait erroné de penser que seuls des afro-brésiliens vivaient à Palmares ; sa population, estimée à environ 11 000 personnes vers la moitié du XVIIème siècle, incluait aussi bien des noirs nés au Brésil que des amérindiens, des métisses et même quelques blancs. Palmares, à bien des égards, représentait une adaptation de pratiques sociales et politiques africaines à la situation coloniale du Brésil. Par exemple, tout comme dans de nombreuses sociétés africaines à cette époque, il existait une forme d'esclavagisme : ceux qui venaient à Palmares de leur propre volonté devenaient des citoyens libres, alors que ceux capturés lors de raids étaient réduits en esclavage ; " free citizens addressed each other as malungo (cf. Kikongo mu alungo, 'in the ship'). This was the word meaning 'comrade' or 'foster-brother', used by slaves who had arrived in Brazil together on the same ship " (Fryer [2000]).

Contrairement à Bachmann (1990), Fryer (2000) considère que " Palmares is sometimes wrongly referred to as a kingdom, but its political system had nothing in common with that of any seventeenth-century European kingdom " ; toujours selon lui, " it is not to idealise Palmares to call it an egalitarian, fraternal, and independent republic ". Ceux qui n'étaient pas esclaves pratiquaient une forme de démocratie qui ne trouverait de ressemblance en Europe qu'à partir de 1789 avec la Révolution française ; le pouvoir politique était aux mains d'assemblées locales qui décidaient des différentes questions par un vote majoritaire. Palmares avait également un chef suprême, connu sous le nom de Ganga-Zumba, qui était élu par une assemblée de chefs locaux ; malheureusement, les différentes informations disponibles ne nous permettent pas de savoir si l'élection était à vie ou pour une période limitée. D'après Fryer (2000), " it is thought that Ganga-Zumba was a title rather than a personal name ; in Angola the nganga a nzumbi was a priest who funcioned as a psychiastrist (sic) by dealing with the spirits of the dead (…) ".Sous l'autorité du chef suprême existait un commandant militaire appelé Zumbi ; là encore, on ne sait pas s'il s'agissait d'un nom propre ou d'un titre. La plupart des habitants de Palmares vivaient de l'agriculture mais il existait également d'autres types d'activités laborieuses, comme le travail du métal (il y avait au moins quatre forges) ou la production de céramique.

A travers toute son histoire, Palmares dut résister à de nombreuses attaques. Les hollandais, qui contrôlèrent la côte nord-est pendant 24 ans, envoyèrent trois expéditions contre le quilombo qui furent toutes repoussées. Entre l'expulsion des hollandais en 1654 et la chute de Palmares en 1694, les portugais menèrent de nombreuses attaques militaires, parfois plus d'une par an ; mais entre ces raids les habitants de Palmares commerçaient avec leurs voisins portugais, ces derniers ne semblant pas éprouver de scrupules à échanger des armes, des munitions et du sel contre de la nourriture et des produits manufacturés. En 1678, le Ganga-Zumba décida de commencer des négociations avec le nouveau gouverneur de Pernambuco. Mais à peine les clauses du traité de paix furent difficilement acceptées par les deux parties que les portugais les violèrent. Une révolte éclata à Palmares, menée par Zumbi, le neveu Ganga-Zumba ; ce dernier fut tout d'abord détrôner puis condamner à mort.

On décrivait les défenseurs de Palmares comme étant passés maître dans l'art de la guérilla et du camouflage. Quant aux portugais, ils engagèrent parfois des mercenaires amérindiens et des chasseurs d'esclaves professionnels venant de São Paulo, les bandeirantes. Ainsi, " (…) on (fit appel) aux terribles Paulistas qui dans le Sud (avaient réduit) en poussière les missions jésuites. A ces aventuriers (…), on (promit) les terres fertiles et les esclaves de Palmares pour les cultiver. Le chef de l'expédition (fut désigné). C'(était) Domingo Jorge Velho qui (s'empressa) de lever une formidable armée de 9000 hommes, essentiellement des Indiens " (Bachmann [1990]). Comme nous l'avons mentionné, Palmares tomba en 1694 : " (…) 200 defenders were killed, 500 were captured and 200 killed themselves rather than surrender " (Fryer [2000]). Zumbi fut blessé mais réussit à s'enfuir. Le 20 novembre 1695, à la tête d'un petit groupe de ses partisans, il fut pris dans une embuscade et tué.

Symbolisant la résistance face à l'oppression et l'injustice, Zumbi le chef-guerrier devint une légende et un héros national.