La Présence africaine au Brésil


Le Brésil fut découvert en 1500 par Pedro Álvares Cabral. Au départ, le pays ne présentait que peu d'attrait, mis à part le pau brasil, arbre à teinture qui lui donna son nom. Les portugais commencèrent à véritablement s'installer dans leur nouvelle colonie vers 1530, et toute la côte fut désormais divisée en quinze capitanias (provinces administratives) héréditaires ; ces dernières étaient dirigées par de riches familles de portugais qui les avaient développées initialement pour leurs intérêts privés, dans un curieux amalgame de féodalisme et de colonialisme. La Couronne du Portugal espérait désespérément découvrir de l'or, de l'argent ou encore des pierres précieuses, mais cela allait prendre 160 ans avant de trouver des gisements significatifs ; " meanwhile (Portuguese) turned to growing sugar cane and manufacturing sugar, a hugely profitable enterprise on which they embarked soon after the colony's first governor-general was appointed in 1549 " (Fryer [2000]).

Les amérindiens déclinaient rapidement à cause des conditions de travail imposées par les portugais. Il fallait donc trouver une autre main d'œuvre, c'est pourquoi on eut recours à des africains. " From the 1690s Africans were working not only on the sugar plantations and in the sugar mills but also in the gold and later the diamond mines of Minas Gerais. And towards the end of the colonial period (i.e. before 1822) they were working on the expanding coffee plantations of São Paulo and Rio de Janeiro, too " (Fryer [2000]).

Pour remplacer les nombreux esclaves qui mouraient de surexploitation, de malnutrition, de maladie et de mauvais traitements (la mortalité annuelle des esclaves d'origine africaine est estimée à environ 10% pour la première moitié du XIXème siècle) et également ceux qui s'enfuyaient dans la forêt, on amena plus d'africains au Brésil que n'importe où ailleurs dans les Amériques. " The most generally accepted modern estimate puts the total number of Africans transported to Brazil, over a period of 350 years, at about 3,600,000 " (Fryer [2000]).

Des esclaves de différentes aires culturelles d'Afrique sont arrivés au Brésil. Ainsi, des africains de l'ouest comme les Moslems et les Yorubas se retrouvèrent dans les états du nord-est de Bahia, Alagoas et Pernambuco, " though there was also a nucleus of Yoruba culture, including descendants of people from the Oyo empire, in Rio Grande do Sul " (Fryer [2000]). Des gens venants d'Angola, du Congo et du Mozambique furent également amenés à Bahia et Pernambuco, mais la plupart d'entre eux furent transférés dans les états de Rio de Janeiro, São Paulo, Minas Gerais, Mato Grosso, Goiás, Alagoas et Pará. A noter que dans l'actuelle Angola " les Portugais (fondèrent) en 1576 le port de São Paulo de Luanda si souvent évoqué dans les chants de capoeira (c'est de ce port que de nombreux négriers partaient d'Afrique ) " (Bachmann [1990]). Petit à petit, les lieux de répartition des esclaves changèrent ; ce phénomène s'accentua avec l'abolition de l'esclavage, époque à laquelle les mouvements de population entre les villes s'intensifièrent, particulièrement de Salvador à Rio de Janeiro à la fin du XIXème et au début du XXème siècle.

Jusqu'à la fin du XIXème siècle, les brésiliens d'origine africaine continuèrent à définir leur identité en se référant à différentes nations d'Afrique. Mais comme Kubik, cité par Fryer (2000), le fait remarquer, " these were defined (…) by a curious assortment of African names which were not always ethnic. Benguela, for instance, is not an ethnic group but an Angolan port from wich many people from south-western Angola were shipped to Brazil. Angola, Benguela, Cambinda, Congo and Monjolo were in fact trademarks-labels with which the prospective buyer in Brazil associeted certain qualities in appearance and character " . Relevons également que, selon Bachmann (1990), " le vocable angola tel qu'il est utilisé pour la capoeira se référait d'avantage à la couleur de la peau de l'individu qu'à sa provenance ". En fait, " imprecise geographical definitions prevent cultural classification of the African ethnic groups that populated Brazil. Modern classifications are based upon only modern data ; the lack of decisive documents leaves the limits of the regions uncertain and prevents knowledge of the history of the cultural groups that (in Brazil) had intercourse with one another and with whites and Indians " (José Honório Rodrigues cité par Fryer [2000]).

Quoiqu'il en soit, les esclaves apportèrent au Brésil différents éléments de leurs cultures respectives. On doit notamment aux africains de la côte orientale une sorte de ballet guerrier qui peut-être inspira la capoeira, le moçambique ; parmi ces africains, les bantous laissèrent le caxamba, grand tambour utilisé dans les anciennes sambas de roda, et surtout le berimbau. Les Gegês et les Nagôs du golfe du Bénin jouèrent également un rôle important, les premiers apportant leur liturgie religieuse au Maranhão, les second " (exerçant) une très profonde influence sur la culture et la religion afro-brésilienne de Bahia (…) Les yorubas - nagôs - outre le candomblé, introduisirent l'Islam (…) en terre de Bahia (…) Les capoeiristas (leur doivent) l'agogô et la capoeira cette belle race d'athlètes entraînée à porter les palanquins des Blancs " (Bachmann [1990]). Enfin, en dehors de différents aspects plus matériels, l'apport linguistique des bantous (Angola) a été considérable ; en effet, " des vocables comme samba, banzé (la pagaille), bamba (l'expert), quitute (recette de cuisine), bunda (les fesses) ou caçula (le cadet) font partie du langage quotidien (…) " (Bachmann [1990]). Manuel Querino, cité par Bachmann (1990), considérait les bantous ainsi : " L'Angola est en général prétentieux, excessif, maniéré, bavard, le type parfait du voyou et de l'inventeur de la capoeira a Bahia " .

Comme on le voit, il est difficile, sinon impossible, de savoir précisemment qui inventa la capoeira ou, plus raisonnablement, de savoir quel groupe de population inspira l'élaboration de cette lutte. Il semble vraisemblablement que principalement des influences africaines multiples et diverses se soient entremêlées pour finalement aboutir à ce que l'on pourrait appeler une capoeira des origines.