L'Empire


La fin de Palmares coïncida avec celle de l'hégémonie du sucre ; en effet, on découvrit de l'or, dans un premier temps au sud de Bahia. Le Brésil tout entier se focalisa désormais sur les Mines Générales, Minas Gerais. Le précieux minerai allait ainsi affluer en Europe pendant tout le XVIIIème siècle, et Lisbonne de le gaspiller dans les fastes de la Cour ce qui précipita le Portugal, surendetté, dans les bras de l'Angleterre. Au Brésil, " l'exploitation de l'or (permit) de réaliser une certaine unité nationale et territoriale (…) Rio de Janeiro, géographiquement plus proche des mines que Bahia, devint la nouvelle capitale en 1763 " (Bachmann [1990]).

Puis, en 1808, les troupes de Napoléon chassèrent le roi du Portugal ; lui et sa cour se réfugièrent à Rio. A cette époque, aucune région du Brésil ne comptait moins de 27% de noirs, et de nombreuses révoltes d'esclaves, en particulier à Bahia entre 1806 et 1826, finirent par sérieusement inquiéter les grands propriétaires. Les autorités brésiliennes réagirent en créant notamment la Compagnie Royale de Police, le 13 mai 1809 ; on en confia la direction à un certain Vidigal. Melo Barreto Filho, cité par Bachmann (1990), le décrit ainsi : " C'est un homme de haute taille, d'un gabarit impressionnant mais à la voix douce. C'est surtout un habile capoeirista d'un sang froid et d'une agilité à toute épreuve, respecté par les plus dangereux capangas (hommes de main) de l'époque " . Ainsi, paradoxalement, l'un des premiers capoeiristas connus se trouva du côté des forces de l'ordre. A Rio, il ne faisait pas bon être noir ; en effet, Vidigal ne se limitait pas à réprimer la capoeira, il s'attaquait également aux terreiros de macumba et sambas de roda. En réalité, gageons que la répression n'était pas uniquement destinée à faire cesser toute manifestation considérée comme portant atteinte à l'ordre public ; plus fondamentalement, on cherchait certainement à empêcher les esclaves et les affranchis de développer un sentiment de solidarité, la conscience d'une destinée commune née dans la douleur et l'injustice, car cela risquait de compromettre un système économique, social et politique fondé sur l'esclavagisme.

Le 7 septembre 1822, le Brésil déclara son indépendance et le 12 octobre, Dom Pedro I, fils du roi du Portugal, fut proclamé empereur. Mais la situation n'allait pas tarder à se compliquer pour le nouvel Empire ; en effet, la province qui allait devenir l'Uruguay (rattachée au Brésil en 1821) décida de faire sécession : ce fut la guerre du Rio de la Plata. L'empereur fit appel à des mercenaires allemands, anglais et irlandais, mais prit du retard dans le paiement des soldes. Le 9 juin 1827, les régiments étrangers se rebellèrent et mirent à sac plusieurs quartiers de la capitale. Cette dernière aurait été totalement pillée si des bandes de capoeiristas ne s'étaient pas opposées aux troupes d'élite de l'empereur et ne les avaient vaincues.

De 1835 à 1836, le Brésil dut faire face au plus grand soulèvement populaire de son histoire, la Cabanagem ; les incessantes injustices endurées par la communauté afro-brésilienne poussèrent cette dernière à y prendre part massivement. La province du Pará, première région économique de l'Amazonie brésilienne, fut mise à feu et à sang avant que l'insurrection ne put être maîtrisée ; le bilan de cette révolte se chiffre aux alentours de 40 000 morts.

Vers la moitié du XIXème siècle, le Paraguay était alors le plus puissant pays d'Amérique du Sud, le seul à posséder une industrie moderne et une nombreuse population alphabétisée. Mais, " vivant presque en autarcie, la République des Guaranis (dérangeait) la Grande-Bretagne qui (poussa) l'Argentine, l'Uruguay et le Brésil à lui déclarer la guerre en 1864. Elle (tourna) rapidement au génocide. La seule bataille de Tuiati (fit) 10'000 morts. La " victoire " de Humaíta en 1867 (annonça) la fin du Grand Paraguay. On la chante encore dans les rodas de capoeira : " Sô eu Maitá, sô eu Maitá, sô eu " "(Bachmann [1990]). La guerre du Paraguay fut un véritable massacre pour les capoeiristas. En effet, l'armée décida de recruter des esclaves emprisonnés auxquels on promit la liberté s'ils revenaient vivants de la bataille ; en réalité, à peine rentrés, on les renvoya chez leurs anciens maîtres. Bachmann (1990) rapporte que " l'Histoire ne précise pas si les capoeiristas ont utilisé vraiment la capoeira lors des combats. Manuel Querino assure qu'ils furent " très braves ". Ils furent surtout décimés et à cette occasion la capoeira a bien failli disparaître à tout jamais ".